*
*
Elle rit. Ses cheveux flamboyants ondulent sur ses épaules au rythme de ses éclats. Elle essaye de fuir ce regard espiègle, essayant de se contrôler pour que son fou-rire ne reprenne pas. Peine perdue. Elle espère que pleurer de rire dans un snack avec des amis ne fait pas trop imbécile. Parce que sinon ...
Leur fou-rire se calme, et les discussions reprennent leur fil. Fluides et légères comme une pluie d'été. Grâce à un nom de film, elle attire son attention, plongeant ses yeux dans les siens. Parlant avec de grands gestes, elle masque son visage rosissant. Un drôle de son vibre l'air et la jalousie embrase son coeur. Le regard du jeune homme s'est décalé pour fixer la porte venant de s'ouvrir. Il sourit. Une jeune fille, magnifique, vient à leur table, saluant tout le monde avec une grâce qu'elle détesta immédiatement.
Il doit partir. Il s'excuse. Il s'excuse aussi pour la sortie prochaine à laquelle il ne pourra pas participer. D'un geste nonchalant, il envoie balader les questions. Secret, toujours des secrets. Pourquoi veut-il toujours s'échapper ? Et pourquoi ses yeux fuient devant le regard insistant de la jeune fille ? Dans sa tête, elle était partie pour monter une jolie histoire sur cette bribe d'après-midi. Sur ces quelques rires, gestes ou paroles, elle aurait batti un empire. Mais non, il partait. Et quand elle le reverra ? Elle ne le sait pas. Aigrement, elle se dit qu'elle devra jouer le rôle de la jeune fille rangée, cloitrée dans sa tour d'ivoire, à tresser ses longs cheveux. Il dit aurevoir à tout le monde, elle ne répond pas. Et le regarde froidement en coin. Enfin, elle essaye. Elle voudrait être une fière amazone, mais son léger sourire, comme un pardon, la fait fondre. Son visage reste fermé mais ses yeux pétillent.
La semaine passa. Elle avait joyeusement débuté, mais plus les heures s'écoulaient, plus l'équilibre devenait instable. Aux yeux de ses amis, elle peinait à cacher les orages furieux qui éclataient dans sa tête. Elle disait chaque jour qu'elle était d'une pêche de feu alors que plus les heures passaient, plus le chronomètre se réduisait. Ses cernes ombrageaient sur sa peau pâle. Le temps lui courrait après, lui mordant le coeur. Même son visage et les chansons qu'elle écoutaient ne lui faisaient pas oublier l'étourdissante vérité. Mais elle devait tenir. Les couleurs s'entassaient et valsaient sur son corps, se bataillant pour encore plus briller, soutenant leur jeune fille du soleil.
Quel ne fut pas le réconfort alors, en fin de semaine, en arrivant sur la place, de voir sa silhouette se découper à côté de ses amis. Son coeur partit au galop. La magnifique robe qu'elle avait mise pour le Carnaval lui semblait être une armure. Elle savait que ses cheveux étincellaient en cascade sur son dos. Elle avait tout fait pour. Elle avait tout fait pour être jolie et face au regard qui la détaillait avec admiration, elle trouva une autre raison de ne pas fondre en larmes : tomber dans les bras d'un amoureux en pleurant, même si c'est un drôle de prince, ça ne le fait pas. Surtout quand on a pas un maquillage waterproof. Mais arrivée près de sa jolie blonde et du jeune homme au regard espiègle, tout s'effondra et la fière demoizelle craqua. La couronne tomba, les jolies couleurs désertèrent ses yeux. Elle pleura même un peu. Elle sentit une main légère dans ses cheveux et la voix de son amie qui résonnait pour la consoler. Elle sentit quelqu'un s'accroupir devant elle. Il lui releva le visage et, la fixant, il lui sécha les joues. Son amie parlait toujours, mais elle l'entendait à peine. Elle chantait pour retrouver l'arc-en-ciel égaré. Il ramassa sa couronne, la refixa dans ses cheveux emmêlés et, tout en douceur, il lui déposa un baiser sur la joue, tout près des lèvres.
Et elle se releva, affrontant la Vie qui la faisait ployer sous les coups qui tombaient dru depuis une semaine. Cette Vie qu'elle embrassait chaque jour, qu'elle rêvetait chaque jour et qui faisait briller ses yeux, jouait avec elle. Avec son insousciant hasard, ce n'était pas la première fois qu'elle saupoudrait son existence de bribes grisâtres. Mais là, c'était un peu plus, plus sombre et déchirant. Tellement banal, en fin de compte. Son amie l'aida à la relever, elle sécha les dernières larmes qui avaient filées sur son teint trop pâle. Il enlaça sa main et, pour une fois, elle parla.