Je vais vous raconter une histoire, une de ces histoires qui n'auraient jamais du naître au creux des pages de la réalité. Un drôle de ballet peut s'instaurer dans un monde que l'on croyait sain et la cruauté dans des corps que l'on pensait protéger. Pourquoi avoir la vanité de pouvoir décrire ce que ressentent les exclus, les bannis, les piétinés ? Pourquoi parler de cette étrange symphonie, se jouant loin des yeux et du coeur ? Une rencontre peut changer toute une vie, qu'importe les notes sur laquelle elle se joue. Avoir la force d'essayer de ne pas oublier lavera peut-être cette vanité, qui sait !
Le lendemain, Selim ne vint pas en cours. Noa sentit alors ce froid grignoter ses orteils. Le froid que Selim avait fait fuir. Deux heures plus tard, une glousseuse était pendue à son bras.
Le climat au lycée se détériorait, ces derniers temps, les injures racistes pleuvaient plus facilement et Noa ne tentait plus rien pour arrêter ses camarades. Les élections prochaines avaient fait renaître les braises des haines ancêstrales. Désormais, il regardait, à l'écart, embrassant à en perdre haleine sa copine. Il avait besoin de chaleur, il commençait à être vraiment glacé ! Puis, une autre copine, et encore une autre. Elles s'enchaînaient toutes à son bras. Ces changements étaient-ils liés à ces bastons qu'il y avait un peu partout en ville ? Ces bastons où Selim baladait sa frêle silhouette ? Lorsqu'il venait en cours, il y avait toujours des bleus sur son corps et des pansements quelque part. Il se mettait derrière mais plus à côté de Noa. Ce dernier avait l'impression de contempler un autre garçon, un être désabusé, errant entre l'enfance et l'âge adulte. Selim était insolent et sortait les poings dès le premier coup d'½il de travers. Ses yeux n'étaient plus lumineux comme avant, ils étaient brûlants de rage et d'amertume. A l'Eglise, les mains jointes, Noa Lui demandait ce qu'il s'était passé et pourquoi tout s'était enfuit en si peu de temps. Par sa faute.
- C'est à cause de lui hein ! hurla soudain une voix.
Le prêtre et les quelques fidèles se retournèrent. Noa, après un bond de surprise, dévisagea cette apparition qu'il ne reconnaissait plus : essoufflé, les habits déchirés, le genoux en sang et la pupille dilatée et flamboyante. Il marcha à grands pas vers lui, le saisissant par le col
- A cause de Lui que je deviens fou chaque jour un peu plus ! A cause de Lui que t'a foutu le camp ! Si tu Lui fais si confiance, demande Lui pourquoi je ne peux plus me promener sans recevoir de coups ! Pourquoi je dois être continuellement sur mes gardes, un couteau suisse dans ma poche ! Demande Lui, à ce Dieu d'amour et de paix, pourquoi mon quartier et mon c½ur saignent !
Il stoppa sa tirade, se rapprochant plus du blond qui fit mine d'avoir un geste de recul.
- Bouge pas, susurra-t-il. Je n'ai pas fini.
Mais aucun mot ne coula de sa bouche. Ils restèrent à se regarder, en silence. Autour d'eux, les gens tentaient de comprendre.
- Ma vie était pas déjà assez naze, il a fallu que tu pointes ta gueule de garçon sage ... T'as tout foutu en l'air Noa, tout. Tout !
Selim le projeta brutalement à terre et courut vers la sortie, sans un regard en arrière. Noa n'avait pas bougé, tétanisé. Le froid. Encore ce froid.
Toujours ce froid ! Il minait Noa, le tuant à petit feu. Que devenait Selim en ce moment même ? Etait-il en train de brûler une voiture pour avoir le droit d'exister ? Dans quel état lui serait-il rendu ? Le moindre geste que faisait Noa lui rappelait son fantôme. Lorsqu'il s'habillait, il sentait les mains légères de Selim pianoter sur son torse. Des fragments de rires. Et ce froid ...
Il n'en pouvait plus ! Il devait le voir ! Le toucher, l'embrasser, le frapper ... Faire quelque chose ! Il était confiant, il savait que s'ils se parlaient, tout s'arrangerait.
Mais Selim fut admis à l'hôpital. Brisé, déchiqueté, la jambe mordu par le feu. Des extrémistes lui étaient tombés dessus, jouant avec lui comme avec une poupée. Quel imbécile ! Il savait pertinemment qu'il n'était pas de taille à lutter ! Lorsque Noa l'apprit, par la bouche riante d'un de ses camarades, il chancela. L'air interrogateur du messager, ses « ça va pas ? » qui sonnent creux, son hypocrisie et sa haine envers le seul qui l'avait aidé, ce fut trop pour lui. Il explosa, le rouant de coups en pleine cour, et à caque fois que son poing touchait la peau de son adversaire, il se sentait de plus en plus serein, libéré.
Il écopa d'une semaine d'exclusion.
[...]
Le lendemain, Selim ne vint pas en cours. Noa sentit alors ce froid grignoter ses orteils. Le froid que Selim avait fait fuir. Deux heures plus tard, une glousseuse était pendue à son bras.
Le climat au lycée se détériorait, ces derniers temps, les injures racistes pleuvaient plus facilement et Noa ne tentait plus rien pour arrêter ses camarades. Les élections prochaines avaient fait renaître les braises des haines ancêstrales. Désormais, il regardait, à l'écart, embrassant à en perdre haleine sa copine. Il avait besoin de chaleur, il commençait à être vraiment glacé ! Puis, une autre copine, et encore une autre. Elles s'enchaînaient toutes à son bras. Ces changements étaient-ils liés à ces bastons qu'il y avait un peu partout en ville ? Ces bastons où Selim baladait sa frêle silhouette ? Lorsqu'il venait en cours, il y avait toujours des bleus sur son corps et des pansements quelque part. Il se mettait derrière mais plus à côté de Noa. Ce dernier avait l'impression de contempler un autre garçon, un être désabusé, errant entre l'enfance et l'âge adulte. Selim était insolent et sortait les poings dès le premier coup d'½il de travers. Ses yeux n'étaient plus lumineux comme avant, ils étaient brûlants de rage et d'amertume. A l'Eglise, les mains jointes, Noa Lui demandait ce qu'il s'était passé et pourquoi tout s'était enfuit en si peu de temps. Par sa faute.
- C'est à cause de lui hein ! hurla soudain une voix.
Le prêtre et les quelques fidèles se retournèrent. Noa, après un bond de surprise, dévisagea cette apparition qu'il ne reconnaissait plus : essoufflé, les habits déchirés, le genoux en sang et la pupille dilatée et flamboyante. Il marcha à grands pas vers lui, le saisissant par le col
- A cause de Lui que je deviens fou chaque jour un peu plus ! A cause de Lui que t'a foutu le camp ! Si tu Lui fais si confiance, demande Lui pourquoi je ne peux plus me promener sans recevoir de coups ! Pourquoi je dois être continuellement sur mes gardes, un couteau suisse dans ma poche ! Demande Lui, à ce Dieu d'amour et de paix, pourquoi mon quartier et mon c½ur saignent !
Il stoppa sa tirade, se rapprochant plus du blond qui fit mine d'avoir un geste de recul.
- Bouge pas, susurra-t-il. Je n'ai pas fini.
Mais aucun mot ne coula de sa bouche. Ils restèrent à se regarder, en silence. Autour d'eux, les gens tentaient de comprendre.
- Ma vie était pas déjà assez naze, il a fallu que tu pointes ta gueule de garçon sage ... T'as tout foutu en l'air Noa, tout. Tout !
Selim le projeta brutalement à terre et courut vers la sortie, sans un regard en arrière. Noa n'avait pas bougé, tétanisé. Le froid. Encore ce froid.
Toujours ce froid ! Il minait Noa, le tuant à petit feu. Que devenait Selim en ce moment même ? Etait-il en train de brûler une voiture pour avoir le droit d'exister ? Dans quel état lui serait-il rendu ? Le moindre geste que faisait Noa lui rappelait son fantôme. Lorsqu'il s'habillait, il sentait les mains légères de Selim pianoter sur son torse. Des fragments de rires. Et ce froid ...
Il n'en pouvait plus ! Il devait le voir ! Le toucher, l'embrasser, le frapper ... Faire quelque chose ! Il était confiant, il savait que s'ils se parlaient, tout s'arrangerait.
Mais Selim fut admis à l'hôpital. Brisé, déchiqueté, la jambe mordu par le feu. Des extrémistes lui étaient tombés dessus, jouant avec lui comme avec une poupée. Quel imbécile ! Il savait pertinemment qu'il n'était pas de taille à lutter ! Lorsque Noa l'apprit, par la bouche riante d'un de ses camarades, il chancela. L'air interrogateur du messager, ses « ça va pas ? » qui sonnent creux, son hypocrisie et sa haine envers le seul qui l'avait aidé, ce fut trop pour lui. Il explosa, le rouant de coups en pleine cour, et à caque fois que son poing touchait la peau de son adversaire, il se sentait de plus en plus serein, libéré.
Il écopa d'une semaine d'exclusion.
[...]


